L’autre jour, j’ai décidé de faire une petite randonnée thématique, en alliant une marche le long de la gorge d’Hozu à une montée du Mont Atago, au nord-ouest de Kyōto. J’en ai fait un circuit circulaire de 15,5 kilomètres qui m’a pris six heures à compléter !
J’ai commencé en prenant le train vers la gorge d’Hozu. C’est un endroit absolument magnifique qu’il est possible de visiter dans le confort d’une cabine en prenant le train romantique de Sagano, mais je préférais pouvoir suivre la rivière en marchant. À plusieurs endroits, il est possible de descendre pour se rapprocher de l’eau et de ses rives de cailloux; quelque chose qu’il m’aurait été impossible de faire avec ce train.

La gare de Hozukyō est habituellement un lieu touristique prisé (surtout à l’automne !), mais la combinaison d’une basse température, du fait que nous étions le 31 décembre et de l’heure matinale à laquelle je suis arrivé (8h00), il n’y avait personne. J’ai donc pu profiter pleinement du calme de cet endroit, qui me semblait alors m’être réservé. Sans grande surprise, l’endroit le plus photogénique de la gorge se trouve à côté de la station. De là, il est possible de prendre des photos du paysage et des ponts qui unissent les deux côtés. Cette fusion du naturel et de l’artificiel pratique contribue à donner de la vie à cet endroit.


Une fois au bout de la gorge, je me suis dirigé vers la base du Mont Atago, à l’est. Pour être bien honnête, c’était la section de ma randonnée qui m’était la plus ennuyante : j’ai suivi une route pavée de virages en lacets. Certes, on peut y voir de magnifiques grands arbres aux quelques endroits qui ne sont pas affectés par l’industrie forestière de la région, mais ce pan d’environ 45 minutes de marche ne m’a pas vraiment inspiré, d’autant plus qu’il me fallait monter ladite route, et non pas la descendre.

Arrivé à la base de la montagne, je me suis reposé un peu en mangeant avant de reprendre la route. Cette fois-ci, je n’étais pas seul : j’ai vu plusieurs personnes, surtout des couples et des familles, monter en même temps que moi. Comme nous étions le 31 décembre, je présume que ces gens montaient pour faire leur première visite de temple (hatsumode) de l’année. Après tout, au sommet les prêtres semblaient s’affairer à la préparation des cérémonies. Je me demande si ces personnes sont restées là pour dormir… j’aurais dû leur demander.

Quand on suit le chemin vers le temple, on peut voir plusieurs vestiges d’une époque révolue. Il s’agissait, autrefois, d’un petit quartier rural habité. On y trouvait des magasins, des autels, des auberges et des restaurants. D’ailleurs, on peut encore voir les numéros de rues (chōme) sur les poteaux électriques qui longent le chemin. Plusieurs des bâtiments de cette époque ont été déplacés entre 1850 et 1940 à cause de développements urbains à proximité, ou ont simplement été détruits par le temps et les forces de la nature. On peut justement voir les ruines d’un petit temple qui a été victime du typhon Jebi, en 2018. Sur les bords du chemin, on peut aussi parfois voir des éclats de verre et de porcelaine.

Le sanctuaire shintō d’Atago voue un culte à Kagutsuchi, aussi appelé Homusubi; le dieu du feu dans le shintoïsme. La foi originaire de ce temple, consacrée à la prévention du feu, s’est répandue de façon un peu disparate à travers le Japon lors de la période Edo. Après tout, les maisons de l’époque, étant en bois, étaient particulièrement à risque si un incendie général devait se déclarer. D’ailleurs, on peut voir les ruines de Kiyotaki, une annexe de l’école primaire de Saga ravagée par le feu en 1922. Évidemment, aujourd’hui il n’en reste qu’une affiche informative.
Un fois au sommet du Mont Atago, on est accueilli par une grande porte noire qui ouvre sur le complexe du temple. La plupart des installations sont vétustes, mais on voit bien que le temple principal, du moins, est conservé et entretenu. Il est aussi possible d’entrer dans certaines parties du temple, moyennant de le demander, de respecter l’usage, et de ne pas prendre de photos de l’intérieur du bâtiment.



À mon arrivée, plusieurs personnes se trouvaient déjà dans l’enceinte du pavillon principal, à se réchauffer autour d’un petit feu… et je peux les comprendre ! Je m’étais habillé pour une température d’environ 15-20 °C, mais au sommet il faisait 2 °C ! C’est fou comment on peut observer une telle différence avec seulement 850 mètres d’altitude. Le bon côté de la chose ? J’ai pu voir de la neige ! Kyōto est une ville où, en général, il ne neige pas. Et lorsqu’il neige, elle ne reste pas. Vous comprendrez que, pour quelqu’un du Québec, c’est triste de passer un hiver sans neige. J’étais donc très content d’au moins voir un peu de neige avant l’arrivée de 2026. Pour couronner le tout, du sommet nous avons une belle vue de Kyōto d’un côté (photo), et de sa banlieu de Kameoka de l’autre.

Ma longue marche s’est terminée avec un arrêt au village de Mizuo. Évidemment, comme nous étions déjà l’après-midi du 31 décembre, tout était déjà fermé, mais c’était malgré tout plaisant de marcher dans ce petit endroit sympatique et mignon.

Ce village est célèbre auprès des gens de Kyōto pour ses grands vergers de yuzu, un agrume très populaire en Chine et au Japon. D’ailleurs, il existe une tradition qui consiste à mettre des yuzu dans l’eau du bain à l’hiver. Évidemment, on le fait à la maison, mais on peut aussi en voir dans les sources thermales publiques. En dehors de cela, cependant, ce n’est pas vraiment un fruit qui se mange : on se sert surtout du zeste et du jus pour agrémenter des plats, mais la chair elle-même n’a pas très bon goût.
J’aurais aimé aller visiter Mizuo plus tôt, au début du mois de décembre, pour profiter des restaurants locaux (c’est la forte saison des yuzu), mais le temps me manquait. Au moins, j’ai eu la chance de m’y balader et de parler un peu avec quelques personnes qui s’affairaient à leurs champs, surprises de me voir descendre du Mont Atago.

Au final, c’était une très longue randonnée (rallongée par la réalisation, sur place, que le bus de Mizuo ne passait pas le 31 décembre), et bien qu’elle était épuisante elle m’a permis de bien profiter de cette dernière journée de 2025. Le mardi qui vient, je vais entreprendre une autre randonnée, cette fois-ci un peu plus proche de la maison. En fait, j’ai décidé de faire d’une de mes résolutions pour 2026 de compléter au moins une randonnée de trois heures et plus par mois.
Ça va me pousser à sortir un peu plus et à rester moins encabanné; une habitude de 2025 dont j’aimerais me débarasser dès que possible !
En vous souhaitant, encore une fois, une bonne année !




