Après une longue semaine remplie, nous voilà de retour à Kyōto ! Tel que promis, je vais maintenant vous offrir sept publications, en espérant que la vie ne retarde pas trop mon écriture de celles-ci. En fait, il y aura une publication pour chaque jour de notre voyage à Okinawa, afin de vous permettre d’y voyager à votre tour. Non seulement je veux essayer de vous partager mes expériences, j’en profiterai aussi pour glisser quelques informations sur la culture et l’histoire de cette île, en espérant que le tout vous donne l’envie de vivre ces expériences vous-mêmes.

Le 24 au matin, mon frère et moi sommes partis pour notre semaine de vacances à Okinawa. Le réveil a été un peu difficile, car le soir d’avant, je suis revenu à la maison du travail autour de 22h00 et que nous devions nous lever à 4h00 pour partir vers 5h00 au plus tard. En fait, j’étais un peu stressé, car quand j’ai acheté le billet, je voulais quelque chose de tôt ; j’ai donc pris un vol autour de 8h30. Mais j’avais oublié de vérifier que nous pourrions bien nous rendre à l’aéroport à temps ! Du nord de Kyōto à Ōsaka KIX, c’est quand même 2h30 de trajet, s’il n’y a pas de problèmes. Surtout, nous voulions éviter de payer pour le bus « limousine », qui coûte beaucoup plus cher que ce que les trains et bus réguliers coûtent.

Évidemment, comme c’est un aéroport, il faut aussi arriver d’avance. Certes, nous n’avons pas eu à suivre la « règle des 3 heures » parce que le vol était domestique, mais nous voulions quand même avoir le temps de déjeuner et de nous rendre sans avoir à nous presser. Au final, pendant que nous allions vers l’aéroport, notre vol a été délayé d’une heure. Nos soucis se sont donc rapidement dissipés, et nous avons pu relaxer.

Notre vol, de seulement 2h30, s’est bien déroulé. Une fois arrivés à Okinawa, nous avons acheté notre carte de train OKICA et nous sommes rapidement sortis de l’aéroport pour nous diriger vers Naha. Nous sommes arrivés vers midi, mais nous pouvions seulement nous enregistrer à notre auberge à 15h00. Il a donc fallu tuer un peu de temps, ce que nous avons fait en commençant par aller voir le parc d’Onoyama. Il s’agit surtout d’un parc sportif, avec des pistes et terrains pour divers sports ainsi que quelques piscines, mais on y trouve aussi le sanctuaire de Gokoku, destiné aux victimes militaires et civiles de la Bataille d’Okinawa, ainsi que le temple d’Okinogū, l’un des huit temples de l’ère Ryūkyū.

En fait, ce premier arrêt nous met immédiatement face aux deux piliers socioculturels qui définissent tous les voyages à Okinawa : la mémoire historique d’un passé lié à la prospérité du Royaume de Ryūkyū en tant qu’entité politique indépendante, et l’expérience de la guerre du Pacifique (et plus particulièrement de l’invasion américaine) pour le peuple d’Okinawa. À proximité de ces deux temples, on trouve aussi un lieu de culte, appelé utaki en langue locale.

Il semblait y avoir une cérémonie en cours, probablement funéraire à en juger par l’allure des nombreuses personnes qui y étaient, donc j’ai préféré ne pas prendre de photos du sanctuaire de Gokoku, mais j’ai pu prendre quelques photos des allées du temple d’Okinogū.

À la suite de cette visite, nous avons continué en traversant le pont de Kitameiji pour aller manger. J’avais trouvé, en ligne, un petit établissement qui sert des repas de suba d’Okinawa. En fait, c’est une spécialité à essayer : alors qu’au Japon les nouilles soba sont faites de sarasin et sont minces, les nouilles suba d’Okinawa sont faites de farine de blé et sont épaisses. Leur texture rappelle celle des nouilles udon, et le bouillon celui d’un bol de ramen. C’est un plat qui montre les influences culinaires de la Chine et du Japon que l’île a connues. J’en ai profité pour le prendre avec du jūshi, un plat de riz avec porc, champignon shiitake, algues mozuku et carottes emblématique d’Okinawa.

Après le repas, nous avons finalement été en mesure d’aller porter nos sacs à l’auberge. Une fois ce petit détour fait, nous avons décidé d’aller voir le musée préfectoral d’Okinawa. Surtout, je me disais que d’aller le visiter nous permettrait d’avoir une meilleure idée des choses sur lesquelles il faut s’attarder lorsqu’on explore l’île pour en apprendre davantage sur sa culture. Évidemment, mon frère et moi avions déjà une connaissance de l’histoire d’Okinawa, ayant tous deux étudié l’histoire du Japon au sens large, mais c’est toujours bon de voir comment les gens de l’île présentent leur propre histoire, pour éviter d’approcher le tout avec un biais d’observateur externe.

À l’extérieur du musée, on trouve quelques répliques de bâtiments du quotidien, comme une maison et un dépôt à grain de l’époque du Royaume de Ryūkyū. On peut aussi voir un lion de pierre, appelé shiisā dans la langue locale. Je dois avouer que ces statues me fascinent. Lors de notre voyage, j’ai admiré et pris en photo une quantité phénoménale de celles-ci, que je trouve non seulement mignonnes, mais très significatives d’un point de vue spirituel. En fait, en tant que Québécois j’ai toujours trouvé intéressant le rôle protecteur de l’inukshuk des peuples inuits ; le shiisā m’interpelle pour des raisons similaires.

Bien qu’il ne ressemble qu’à un gros bloc de béton vu de l’extérieur, l’intérieur du musée est impressionnant. Sa structure nous pousse à suivre un trajet historique qui va des premiers peuplements jusqu’à l’époque moderne. En fait, l’exposition permanente est divisée en huit périodes :

  • Un peuple bercé par la mer ;
  • La transition de l’ère des amas coquilliers à l’ancienne ère Ryūkyū ;
  • La prospérité du Royaume de Ryūkyū ;
  • Le contrôle de Satsuma (Japon) sur les îles Ryūkyū et le royaume ;
  • Le déclin du royaume ;
  • L’ère moderne d’Okinawa ;
  • Okinawa après la guerre ;
  • Okinawa, du présent au future.

Je dirais que la partie qui m’a été la plus intéressante à été celle sur le Royaume de Ryūkyū avant l’annexation japonaise. On y voit clairement à quel point les îles qui constituent aujourd’hui la préfecture d’Okinawa avaient une culture distincte très riche.

La pièce maîtresse de la collection, mise de l’avant par le musée dans ses promotions publicitaires, est la cloche du « pont des nations » (bankoku shinryō). C’est une large cloche bouddhiste en bronze (bonshō), d’une hauteur de 156 centimètres et pesant 721 kilogrammes, coulée en 1458 sous l’ordre du roi Shō Taikyu. En observant les caractéristiques artistiques de la cloche, on croit que c’est l’artisan Fujiwara Kuniyoshi, de la fonderie Kitakyūshū Kokura, qui l’aurait fabriqué.

Elle était autrefois contenue dans le château de Shuri, centre administratif du Royaume de Ryūkyū, mais elle a été endommagée par le feu lors de la bataille d’Okinawa. Retrouvée par le lieutenant-commandant et enseignant américain Willard A. Hanna en 1946 dans les décombres de la guerre, elle a été rendue à Okinawa. Comme plusieurs choses dans le musée, il était interdit de prendre des photos de la cloche elle-même. J’ai donc respecté cette requête, même si on peut l’entrevoir dans la photo ci-dessus d’une réplique d’un navire tributaire de l’ère Ryūkyū.

Cette salle centrale, fournie en information et en artéfacts historiques de toutes sortes, est entourées d’alcôves qui se penchent plutôt sur des éléments tangibles, comme la culture matérielle et artistique, la géologie de l’île ainsi que sa faune et sa flore.

Bien que j’avais fait ma part de diligence en lisant, avant mon voyage, des articles de blogs sur Okinawa, j’ai beaucoup appris lors de cette visite, surtout en ce qui concerne l’époque du Royaume de Ryūkyū. Une chose qui doit être dite, c’est que contrairement à certains endroits touristiques au Japon le statut spécial de l’île, marquée par une forte présence américaine, fait en sorte que les informations essentielles sont souvent présentées en anglais. C’est le cas, évidemment, avec ce musée, bien que les explications plus poussées ne sont données qu’en japonais.

Malheureusement, il est impossible de prendre des photos dans le musée à l’exception de quelques endroits. Je n’ai donc pas vraiment d’images, mais je vous invite, si vous aller à Okinawa, à y faire un tour ! Dans le même bâtiment, on trouve aussi un musée d’art qui nécessite d’acheter un autre billet. J’aurais bien aimé le visité, mais comme nous sommes arrivés tard, nous avons seulement pu visiter le musée historique avant que le centre ne ferme. J’avais pensé y retourner une autre journée, mais au final je n’ai pas eu le temps de le faire. Le bon côté, pour les intéressés, est qu’il est possible d’acheter un billet combiné valide pour la journée entière. Il est donc possible de sortir du centre et d’y retourner dans la même journée ; parfait si vous voulez casser cette visite avec d’autres activités ou un repas au restaurant !

Quand nous avons terminé avec le musée, nous avons décidé de nous diriger vers l’auberge pour nous reposer avant le « véritable » début de notre voyage. Sur le chemin, on s’est arrêté au parc de Sōgenji, où il est possible de voir les ruines d’un temple bouddhiste de l’ère Ryūkyū, détruit lors de la guerre, ainsi qu’un utaki. D’un point de vue matériel il n’y a pas grand chose à voir, mais ça reste un endroit qui, encore une fois, mêle bien ces deux piliers culturels que j’ai mentionné en amont. Au centre du parc, on trouve un grand arbre banian (ou gajumaru en langue locale) ; ce sont des arbres sacrés pour les gens d’Okinawa, qui les considèrent comme ayant le potentiel d’abriter l’âme des défunts, mais qui serviraient aussi de maison pour des esprits de la forêt appelés kijimuna.

Alors que le soleil commençait à se coucher, nous avons fini la soirée avec un petit bol de « riz taco » (taco rice), étrangement très populaire à Okinawa (j’imagine que c’est l’influence américaine qui l’impose), avant de marcher un peu dans les allées marchandes qui entouraient notre auberge. Nous avons dégusté quelques friandises ici et là, mais à 20h00, nous étions déjà couchés, épuisés de la journée ! Nous aurions bien la chance de continuer notre exploration de Naha le lendemain.

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