Ça fait déjà plus de six mois que je suis installé à Kyōto, et tout aussi longtemps que j’attendais le bon moment pour visiter Nara et nourrir les daims, considérés comme l’un des attraits culturels les plus importants de la région du Kansai. Cette semaine, j’ai décidé, enfin, d’y aller !

Malgré mon anticipation de cette visite, je n’ai pas, en fait, commencé par un arrêt au parc de Nara, où se trouvent les daims en question. Plutôt, j’ai préféré me diriger, d’abord, vers le site du palais impérial de Heijō. Celui-ci, siège du gouvernement japonais au huitième siècle, n’existe plus. En fait, quand la capitale fut déménagée à Kyōto en 784, le palais de Heijō a tout simplement été abandonné. Depuis les années 1950, des recherches historiques et archéologiques sont poursuivies dans le but de reconstruire cet ancien complexe impérial ; les bâtiments qu’on trouve sur le site, ouverts au public au tournant du siècle, ne sont probablement pas identiques à ce qu’ils étaient à l’époque, mais ils s’en rapprochent certainement grâce au travail des architectes qui y ont travaillé.

Surtout, le Grand Hall de l’État, le Daigokuden, était bien intéressant. Au centre de ce grand bâtiment, on retrouve une reproduction du thrône impérial, le Takamikura. C’est un plaisir de voir l’attention aux détails portée aux pièces les plus minimes, comme la peinture des tuiles intercalaires du plafond qu’on peut à peine distinguer. Notre regard n’y est porté que parce que les hauts de murs sont ornés de peintures minimalistes des animaux du zodiaque chinois, présentés dans leur ordre de succession, que nous sommes invités à regarder justement pour observer comment notre signe (en l’occurence, le rat) est représenté.

Je dois avouer qu’au début, je comptais seulement visiter le site rapidement, avant de me diriger vers le parc de Nara, mais une fois entré dans le Daigokuden, j’ai vu qu’il y avait un rallye d’étampes à la fin duquel on pouvait obtenir un petit prix de participation. Je ne suis habituellement pas appâté par ce genre de choses, mais je me disais que ça pourrais être une façon plaisante de voir le site dans son ensemble. Je suis content de l’avoir fait, car sinon je n’aurais pas pris le temps d’aller voir les autres attraits, comme le jardin du Palais de l’Est, ou bien le musée et le site d’excavation du site. Au final, le prix pour avoir complété le rallye n’était qu’un petit porte-document (clear file) avec une photo du Grand Hall, mais l’expérience d’en apprendre sur l’ancienne capitale impériale a été, je crois, le véritable prix de participation !


Après cette visite un peu impromptue et plus longue que prévue du Palais Heijō, je suis retourné vers l’arrêt de train pour aller au parc de Nara, mais j’ai été arrêté par un panneau qui indiquait que le temple Saidai-ji était tout près ; je ne pouvais pas l’ignorer ! En lisant les panneaux à l’entrée, on apprend que celui-ci, autrefois l’un des Sept Grands Temples de Nara, est aussi tombé en désuétude après le déménagement de la capitale, mais qu’il a été réinvesti au treizième siècle, quand il est devenu le temple principal de la secte bouddhiste Shingon Risshū.
Et qu’elle a été ma surprise quand j’ai appris qu’à l’époque de Nara, ce temple faisait office de lieu sacré pour l’esprit de la Tortue noire Genbu ! Cet animal totem du zodiaque chinois, placé au nord de la capitale, sert à établir une barrière spirituelle qui protège la ville. J’étais surpris, car ceux et celles qui me lisent depuis mon arrivée à Kyōto se souviendront sûrement que Genbu est aussi accueilli dans le temple qui plombe sur mon quartier de Funaokayama.

Maintenant, vous pourriez penser qu’après ma visite de ce temple j’ai enfin été voir les daims, mais non ! En fait, c’est bien ce que j’ai fait, mais sur le chemin vers le parc de Nara, on s’arrête inévitablement au temple Kōfuku. Ce complexe bouddhiste, connu pour avoir été le temple de la puissante famille Fujiwara, fait office de « porte d’entrée » du parc. J’en avais entendu parlé énormément dans mes cours d’histoire du Japon, et donc j’avais hâte de le visiter !
Évidemment, les bâtiments actuels datent du Moyen Âge japonais : les originaux ont été brûlés dans les guerres civiles de la fin du douzième siècle. Néanmoins, j’étais content d’admirer le pavillon octogonal du nord, la pagode à trois étages et le pavillon doré de l’est, tous trois classés Trésors nationaux. Par contre, quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que l’attrait principal du complexe, la grande pagode à cinq étages, est en réparation depuis 2022… et que les travaux seront terminés seulement en 2034 ! Aujourd’hui, elle est couverte et elle n’est pas accesible, ce qui est bien dommage. Par contre, je comprend que de telles structures doivent être entretenues pour en assurer la sécurité et la pérénnité. C’est donc inévitable de tomber sur ce genre de déception.



Ensuite, c’était enfin le temps d’aller voir les daims ! Bon, je n’en dirais pas trop sur cette expérience, car mes photos parlent d’elles-mêmes, mais je considère important de mentionner que ces animaux ne sont en aucun cas maltraités ; ils sont libres de se promener dans le parc et, bien que quelques touristes malfaiteurs s’amusent à les embêter, les daims sont généralement traités avec respect. Il est possible de les nourrir, mais seulement à l’aide de biscuits vendus par les boutiques du parc. En fait, c’est même encouragé, car les profits de ces ventes sont directement réinvesties dans les soins pour ces animaux.
La chose qui fascine les gens (et moi) le plus, c’est l’intelligence de ces bêtes : elles savent qu’en penchant la tête pour saluer, elles recevront un biscuit. Il y a quelque chose de simplement mignon derrière le fait qu’elles adoptent ainsi les coûtumes japonaises ! On voit vraiment, dans le parc de Nara, l’essence de ce slogan vendeur voulant que le Japon est une société en harmonie avec la nature.





La jounée s’est terminée avec une visite du temple de Tōdai-ji, au nord du parc. Celui-ci, considéré comme le plus gros bâtiment en bois du monde, doit sa taille impressionnante à l’importance de ce qu’il habrite : une statue en bronze colossale du Grand Bouddha. Lors de la période Nara, la civilisation chinoise a exercé une très grande influence sur le Japon, et cette influence s’est reflétée dans l’architecture, les techniques et l’éducation, mais aussi dans une adoption du bouddhisme comme religion d’État. Le Grand Bouddha du Tōdai-ji, achevé en 757, est un testament à l’importance de cette religion dans la région.
Quand on pénètre dans l’enceinte du temple, une ambiance solennelle nous accueille. Alors que notre vision encore un peu brouillée par la luminosité extérieure se replace après avoir entré dans le bâtiment, le Grand Bouddha nous observe. Pour être bien honnête, sa stature ne peut faire autrement que de provoquer un certain frisson ; un sentiment que quelque chose de plus grand que nous est, en effet, dans la pièce. C’est un sentiment qui nous hypnotise et qui ne s’oublie pas !


Après cette expérience spirituelle, il était temps de rentrer à la maison. J’ai décidé de m’arrêter pour acheter des souvenirs (omiyage), pour mes élèves, et j’ai trouvé des petits mochi au chocolat, présentés comme des cacas de daims (shika no fun) ! Pour avoir travaillé avec des jeunes depuis plusieurs années, j’ai le sentiment que cette petite surprise sera reçue avec beaucoup d’enthousiasme. J’en suis même certain !
Aujourd’hui, c’est encore une autre publication plutôt longue, mais je voulais quelque chose pour vous tenir en haleine, car je je publierai rien pour les trois prochaines semaines. En fait, c’est que mon frère et moi avons décidé d’acheter des billets d’avion pour aller à Okinawa pendant une semaine à partir du 24 janvier !
Nous avons évidemment bien hâte de découvrir cette île distincte du Japon à proprement parler, et moi j’anticipe déjà de pouvoir partager avec vous cette aventure à travers une série de sept mises-à-jour, qui seront écrites une fois que je serai retourné à la maison. En espérant que ces publications futures vous permettrons de, vous aussi, voyager sur cette île sub-tropicale ! Au plaisir ~




