La montagne de la fleur d’or

ÉCRIT PAR:

Hier, j’ai rejoins mon ami Kevin à la ville de Gifu. Étonnamment, c’est une ville que j’ai voulu visité à plusieurs reprises lorsque j’habitais dans la préfecture d’Aichi, mais que je n’ai jamais pris le temps d’aller voir. Cette petite visite à Gifu a été très rapide ; le temps d’un avant-midi. En fait, c’est que, comme vous l’aurez deviné… je travaillais en après-midi !

Notre visite de Gifu a commencé tôt le matin. Nous nous sommes rejoins à la gare de Gifu, avant de nous diriger vers le mont Kinka. Notre but était d’aller voir le château de Gifu, vanté par certains comme offrant l’une des plus belles vue depuis un château dû au fait qu’il est perché sur cette montagne et qu’il offre un panorama sur les montagnes de Gifu et la rivière Nagara. En arrivant au pied du mont Kinka, on trouve un ensemble de commerces à vocation touristique.

On est aussi accueilli par un petit jardin sous le couvert des arbres où il est possible de voir les ruines des jardins décoratifs du château de Gifu, mais aussi les canaux qui ont servi à les alimenter. Son attrait principal est certainement sa pagode rouge, située à flanc de montagne. On peut aller la voir de plus près ou l’admirer à partir du téléphérique vers le sommet.

Le mont Kinka est une formation rocheuse intéressante. Il est composé de chaille ; une roche sédimentaire qui se forme par l’accumulation d’organismes marins. Plus précisément, il est formé de radiozolaires. Ce sont des petits planctons qui possèdent un squelette minéral constitué de silice, l’élément principal de la chaille. Évidemment, la présence de ce type de surface implique que cette montagne qui domine aujourd’hui le paysage montagneux de la ville était, dans le passé, située sous l’eau ! Au-delà de l’attrait géologique, la présence de chaille dans la montagne et les falaises abruptes qui accompagnent généralement de telles formations font aussi de l’endroit une forteresse naturelle, ce qui explique son utilisation pour la construction d’un château.

Une fois rendus au sommet, nous avons marché à travers les différentes ruines du complexe en nous dirigeant vers le château. Bon, de parler de ruines est un peu exagéré, considérant qu’il n’en reste plus rien… s’il n’y avait pas de panneaux pour nous indiquer où se trouvaient les différents bâtiments, comme les cuisines et les étables, nous ne pourrions jamais le deviner. Évidemment, on ne « réinvente » pas des ruines. C’est pourquoi j’ai été surpris qu’un travail de mémoire a, malgré l’absence de leur présence, été entrepris. C’est toujours plaisant de voir que les gens continuent de s’intéresser à ce qui n’est plus.

En marchant à travers ces chemins historiques, on a pu voir plusieurs écureuils ! Maintenant, pour mes lecteurs et lectrices du Canada, ce n’est pas un fait très intéressant. Après tout, nous pouvons simplement aller dans un parc public pour en voir plusieurs. Mais au Japon, il est presque impossible de voir des écureuils dans les villes. Même à travers mes nombreuses randonnées, je n’en ai vu que très rarement !

J’imagine que cette présence accrue au mont Kinka est, en grande partie, dû à la présence sur le site du « Village d’écureuils », un petit zoo dédié à ces rongeurs. Nous n’avons pas été le visiter, car je n’aime pas supporter de tels endroits qui ne s’intéresse pas au bien-être des animaux et qui ne se sert de ceux-ci qu’à titre de divertissement. C’est déplorable qu’il y ait encore autant de ces endroits au Japon ! Les critiques en ligne, notamment, indiquent que les écureuils de ce zoo (si on peut vraiment l’appeler ainsi) sont souvent fatigués. C’est certainement dû leurs interactions constantes avec les enfants…

Mais bon, trève de critiques ; revenons à notre but principal de cette sortie, le château de Gifu. Celui-ci est surtout connu pour avoir été l’un des châteaux où a vécu Oda Nobunaga, l’un des unificateurs du Japon. Ce fut, d’ailleurs, sa base principale d’opération lors de la guerre civile.

Le château, cependant, n’a pas été construit par lui. Plutôt, il aurait été construit en 1201 par le clan Nikaidō lors de la période Kamakura, avant d’être agrandi par le seigneur Saitō Toshinaga au quinzième siècle. Le château, situé sur la route centrale de Nakasendō qui reliait Kyōto et les provinces de l’est, devint rapidement un carrefour important, donnant du prestige à la province de Mino. Pendant la période Sengoku, un samuraï au service du clan Saitō, du nom de Takenaka Hanbei, s’est rendu au château pour assassiner son seigneur, Saitō Tatsuoki, qui réussit néanmoins à s’enfuir et à rejoindre les rangs de Nobunaga.

En 1567, ce dernier a lancé une attaque sur la province de Mino et s’est rendu directement rendu au château. Après deux semaines de siège, les forces de Nobunaga ont réussi à prendre la forteresse. Celle-ci fut ensuite agrandie et renommée « château de Gifu ». Nobunaga y a vécu pendant une dizaine d’années, avant de déménager au château d’Azuchi en 1579.

Malheureusement, quand nous étions au pied de la montagne, nous avons vu une affiche qui indiquait que le château est fermé jusqu’en octobre 2028 pour des travaux. Nous n’avons donc pas pu le visiter, mais nous avons néanmoins été capable d’en prendre des photos. L’attrait principal de cet endroit, de toute façon, n’est pas le château à proprement parler, mais plutôt la vue panoramique sur les montagnes, les rivières, et la ville de Gifu. Bien que les gens recommendent d’aller au sommet de la tour principale du château pour prendre de plus belles photos, il y a aussi un belvédère, gratuit, qui permet d’en profiter.

Après être descendus de la montagne, il était environ midi et nous sommes allés dans un petit parc adjacent, dédié au relations amicales entre le Japon et la Chine, pour faire un pique-nique. On peut y voir plusieurs monuments et sculptures d’inspiration chinoise. C’est un petit jardin, donc on en fait le tour assez rapidement, mais c’est un bon endroit pour se reposer. En dépit de sa proximité avec le château de Gifu, il n’y a presque personne qui semble venir visiter cette petite pépite.

Il semble que son étang et sa cascade sont très prisés pour des photos de mariage. D’ailleurs, quand nous y sommes allés, il y avait deux couples qui prenaient des photos de mariage en kimono. J’imagine qu’au-delà de ses paysages, la mission du parc vient aussi ajouter un certain romantisme à la chose si c’esjaponais-chinois !

Nous avons continué notre visite la vieille ville de Kawaramachi, située à proximité du parc. C’est un petit ensemble de rues dans lesquelles ont été conservées des maisons et commerces qui datent de l’ère d’Edo, vieilles d’environ 200 à 400 ans. Évidemment, les rues sont aujourd’hui aménagées à des fins plus modernes, mais les bâtiments qui la peuplent nous permettent de faire un petit saut dans le passé. Malheureusement, la plupart des boutiques et restaurants étaient fermés. Je ne sais pas si c’est parce que nous étions l’avant-midi un jour de semaine, mais nous n’avons pas pu profiter pleinement de ce quartier.

Il reste qu’en visitant ce quartier, j’ai appris quelque chose d’intéressant : Gifu est reconnue pour la pêche aux cormorans, aussi appelée ukai. Pratiquée depuis plus de 1300 ans, c’est un type de pêche qui utilise des cormorans entrainés pour qu’ils attrapent des poissons. On peut voir des pêcheurs de ukai un peu partout dans l’ouest du Japon lors de l’été, mais la rivière Nagara est la plus célèbre à cet effet, dû au fait que les pêcheurs de cette région bénéficient d’un patronage de la famille impériale.

Je crois que la saison de pêche venait tout juste de débuter. J’aurais voulu embarquer sur un bâteau pour voir ces techniques de plus près, mais comme cette pêche est surtout pratiquée le soir et que le temps me manquait, j’ai dû mettre cette nouvelle trouvaille dans la liste de choses à faire lorsque je reviendrai à Gifu pour une visite plus détendue.

En retournant vers la gare, nous sommes descendu vers le quartier d’Inabadōri afin d’aller voir un sanctuaire shintō : le Inaba-jinja. Celui-ci n’a pas un lègue très important, contrairement à d’autres lieux de culte que j’ai présenté par le passé, mais il reste qu’il possède une histoire intéressante derrière sa création. L’empereur légendaire Keikō (qui aurait vécu de l’an 13 à 130) aurait fait venir une pierre sacrée appelée Kanaishi. Celle-ci se serait transformée en montagne, devenant Inabayama.

Quand le prince Isonishikiirihiko no Mikoto, grand frère de l’empereur Keikō, est mort au combat dans la province de Mino, où se trouve la ville de Gifu, il a été consacré à Maruyama. En 1539, quand le samuraï Saitō Dōsan a fait d’Inabayama son château, le sanctuaire à Isonishikiirihiko no Mikoto a été déplacé au pied du mont Inaba, qui a plus tard été renommé Kinka sous le règne d’Oda Nobunaga.

Le sanctuaire est aujourd’hui associé à l’eau, plus particulièrement aux inondations et autres désastres liées aux crues. Situé près des trois rivières de Nagara, d’Ibi et de Kiso, l’endroit a souvent été victime de tels évènements. Isonishikiirihiko no Mikoto est donc aujourd’hui vénéré comme un kami capable de contrôler les inondations.

Après cette petite visite, Kevin et moi sommes allés chacun de notre côté, car il voulait continuer sa visite de Gifu et que moi je devais me diriger vers Kyōto pour le travail. J’ai bien aimé cette petite sortie, même si elle a été très courte et que je n’ai pas pu visiter le château. Surtout, la route de train entre Kyōto et Gifu, qui passe près du lac Biwa et dans les plaines de Sekigahara, offre de belles vues sur la campagne japonaise. J’espère avoir la chance de retourner à Gifu bientôt pour en apprendre davantage sur la pêche aux cormorans, mais aussi afin d’aller voir les alentours des monts Ibuki et Ikeda, ce dernier étant célèbre pour ses rizières qui sont décrites comme formant le « Macchu Picchu de Gifu ».